La SFNC et la neurochirurgie à l’échelle de l’Europe Lettre du Neurochirurgien n° 2012-1

La Neurochirurgie Française aspire à asseoir sa position et son image au sein de l’Europe. Cette place est légitime si l’on tient compte de notre poids historique et scientifique, elle est nécessaire face aux enjeux stratégiques qui impacteront nos pratiques de demain.

Aujourd’hui la formation et les conditions d’exercice du métier de neurochirurgien restent encadrés par des textes nationaux. Mais que l’on ne s’y trompe pas, même si nous vivons des temps troublés, les directives européennes pourraient demain nous contraindre à une organisation plus homogène par-delà nos spécificités nationales. Certes nos représentants au sein de l’UEMS (Union Européenne des spécialités médicales) nous rassurent sur l’arbitrage propre de chaque nation, néanmoins Bruxelles se penche sur l’organisation de la formation initiale de nos spécialités, au DPC, à l’EPP. La problématique des sur-spécialités, celle des conditions d’installation et d’exercice sont tout autant investiguées.

Dans ces conditions, les neurochirurgiens Français doivent être « euro-acteurs » pour être informés et peser dans le débat, faire connaître leur sensibilité, leurs besoins, leurs contraintes et leurs exigences propres. Etre informés également sur le plan scientifique, celui des appels à projets Européens de recherche clinique, ceux qui requièrent des plateformes technologiques lourdes et un partenariat industriel européen.

Vers une stratégie de reconquête. De manière assez directe, il faut dans une certaine mesure rompre avec l’image d’une neurochirurgie Française qui vue de l’extérieur reposerait sur une pratique clinique hyperactive et innovante certes, mais avec pour corollaire un faible niveau de structuration, une faible propension à la représentation internationale (y compris dans les instances « administratives ») et à la publication, voir même à un repli sur elle-même, comportement trop souvent qualifié d’arrogant.

La reconquête passe par un certain nombre d’actions à forte charge symbolique dont le CSA de la SFNC prend la pleine mesure. La priorité est d’augmenter le poids de notre représentation au sein de l’EANS qui est notre interface avec l’Europe. Un signal clair d’appartenance à cette association passe par des mesures essentielles et simples : Augmenter de manière substantielle nos inscriptions « membership » à titre individuel (https//eans.org), participer activement aux congrès européens (un par an) qui n’ont rien à envier à leurs équivalents d’outre-Atlantique et publier de façon plus soutenu dans la revue européenne Acta Neurochirurgica.
Un autre échelon, plus politique et à plus long terme celui-là, est d’investir les comités et le bureau (executive committee / administrative committee) de l’EANS où nous sommes sous-représentés. Nous le sommes encore plus après le congrès de Rome et un simple coup d’œil à la constitution de ce bureau fait réaliser à quel point les grandes nations de la neurochirurgie sont absentes de ce panel. Est t’il possible d’envisager une candidature de la France à l’organisation du congrès européen ou du congrès mondial sans occuper ces fauteuils, quelque soit la qualité de notre pratiques ?
Nos élèves doivent être associés à cet effort ; leur participation au cours européen (EANS Training course) doit être encouragée, car au delà de son excellent contenu pédagogique, il est une formidable opportunité de lier des contacts internationaux. Malheureusement leur participation est bridée par le nombre réduit de place allouées, lui-même proportionnel au nombre de membres de la SFNC et de membres individuels à l’EANS …. Cela est d’autant plus dommage qu’en contrepartie, la SFNC offre des bourses dédiées avec l’effort de nos partenaires industriels.
Par ailleurs, ils doivent pouvoir bénéficier des bourses européennes qui récompensent les meilleurs travaux scientifiques mais encore faudrait t’il qu’ils aient accès à cette information pour concourir. La refonte du site de la SFNC et la création d’une commission recherche auront un rôle catalyseur. Ils peuvent enfin se voir offrir des solutions de mobilité pour leur recherche voir même des conditions d’exercice à l’étranger s’ils le souhaitent, ce qui n’est pas à négliger eu égard à l’augmentation de notre démographie.

Il en va de la neurochirurgie comme dans beaucoup d’autres domaines, la France exerce sur ses voisins un fantastique pouvoir d’attraction. Nos collègues ne demandent qu’à se déplacer en masse dans nos colloques et congrès pour peu que l’on ouvre nos annonces à la langue de Shakespeare et qu’une tribune leur soit offerte. Inviter régulièrement une société savante européenne à partager nos congrès sous la forme d’un « joint meeting » est une piste, nous en avions même pris l’engagement lors du congrès commun avec l’EANS en 2009 à Marseille. Réaliser des colloques communs sur des thématiques spécifiques par l’intermédiaire des sections par exemple, voir même proposer des qualifications communes en y apportant nos standards devrait aller dans le même sens.

Notre place est celle d’une grande nation européenne aux côtés des autres grandes nations. Nous devons reconnaître nos faiblesses et trouver les outils pour valoriser notre leadership. Qui parmi les plus jeunes sait que la France était à l’origine de l’EANS, et que le Français y était la langue officielle ? L’EANS est plus que jamais le vecteur de nos ambitions. Notre feuille de route est claire, notre effort doit se faire dans la continuité et avec le concours de tous.

Pierre Hughes ROCHE (proche chez mail.ap-hm.fr)
Service de Neurochirurgie
Centre Hospitalier Universitaire / Hôpital Nord
Chemin des Bourelly 13915 Marseille Cedex 20