Le congrès de la Société Française de Neurochirurgie à Bordeaux en mars 2013 : Un épiphénomène ou une nouvelle façon de concevoir nos congrès ? E. Cuny

En Mars 2013 c’est tenu le congrès de la Société Française de neurochirurgie à Bordeaux. Avec l’aide très active de F Proust nous avons pris à bras le corps l’organisation matérielle de cette réunion. Outre les conséquences financières importantes qui ont découlé de la suppression de tout intermédiaire, cette organisation nous a permis d’initier ce qui pourrait préfigurer les congrès de demain.

Il est aujourd’hui légitime de se poser la question de l’intérêt d’une réunion scientifique quand chacun peut accéder au savoir pour peu qu’il possède une connexion internet. Dans ces conditions nos congrès tels qu’ils existent ont-il toujours de l’avenir ? S’ils doivent perdurer, ils doivent aussi évoluer pour prendre la mesure de l’évolution de l’organisation du savoir, et ils ne peuvent plus se contenter de simples exposés d’expériences ou d’écoles chirurgicales particulières.

Ils doivent répondre à une demande d’information ou de formation. Et dans ce sens la qualité du programme scientifique proposé lors du congrès de Bordeaux est probablement l’explication de la très forte affluence des neurochirurgiens lors des cessions plénières ou lors des ateliers. Ce n’est plus à l’orateur de proposer une conférence mais à la SFNC de susciter des conférences sur les sujets qui lui semblent prioritaires. Il est néanmoins important de laisser un espace de communications libres pour que nos jeunes s’entrainent à l’expression orale. Il faut aussi laisser une place à des communications ou conférences sur des sujets émergents proposés par les équipes les plus innovantes de notre profession. Cette cession « recherches » ou « nouveautés » n’a pas encore su trouver sa place.

Former ce n’est pas simplement communiquer, c’est enseigner. Enseigner c’est définir des prérequis, des objectifs, et évaluer les formateurs et les formés. Combiens de conférences ont débuté par un exposé des objectifs ? Les évaluations des ateliers étaient-ils toujours à la hauteur des objectifs des formateurs ? Le congrès de la SFNC à Bordeaux a été l’occasion du premier cours de la SFNC. Le thème choisi fut celui de la scoliose dégénérative, alors qu’un atelier sur l’équilibre sagittal était proposé le lendemain. N’y a t il pas là une mise en place d’un prérequis pour les moins formés d’entre nous ? Ne faut-il pas proposer des formations type e-learning avant nos congrès pour les sujets les plus complexes ou pour les plus jeunes d’entre nous ? S’il est vrai que le congrès de Bordeaux a souhaité orienter les conférences vers ces formations, force est de constater qu’il reste encore un gros travail de formalisation des objectifs et des évaluations. L’enjeu est de taille car la réorganisation de la formation professionnelle est en cours (DPC) et celle-ci doit passer entre-autres par le congrès de la SFNC.

A l’heure de l’Europe ou de la mondialisation, alors que nos recherches sont le plus souvent internationales et que nous avons besoin d’envoyer nos jeunes en mobilité, ces congrès doivent être l’occasion de rencontrer nos collègues étrangers. Il faut pour cela organiser des cessions communes qui leur soit accessible donc en anglais. Ces rencontres ne doivent pas être de simples rencontres de dirigeants de la SFNC ou du collège avec leurs homologues étrangers invités, mais il doit pouvoir y avoir une vraie rencontre entre neurochirurgiens. Nous avons tenté d’organiser ce joint meeting lors du congrès de Bordeaux, mais cette mixité reste un échec car nous n’avons pas su les attirer en nombre suffisant.

Nos congrès doivent aussi être le moyen de redéfinir les relations avec nos partenaires industriels. Le congrès de Bordeaux a parfaitement remplis cette mission. Des réunions avec les industriels avant et après le congrès ont permis de mieux organiser et de mieux comprendre les besoins de chacun. Une réflexion importante a débuté à la suite de ces rencontres pour prendre en compte la gestion des liens d’intérêts au regard de la loi Bertrand (décrets du 23 mai 2013). Le congrès de Bordeaux a aussi été l’occasion d’initier des symposiums co-animés par des industriels et dont le programme scientifique était contrôlé par les neurochirurgiens. L’affluence lors de ces symposiums marque leurs qualités scientifiques et leurs succès. Ces symposiums illustrent bien les relations qui nous unissent aux industriels et qui doivent perdurer en toute transparence.

Enfin la convivialité est une des premières raisons qui pourrait assurer l’avenir de nos congrès. Il est faux de penser qu’il est possible de remplacer la rencontre et la parole par des formations ou des congrès virtuels. Paradoxalement la convivialité est stigmatisée par nos tutelles administratives qui y voient des congés déguisés ou des conflits d’intérêt. Pourtant se rencontrer et discuter c’est souvent aplanir des difficultés, organiser, proposer ce qui ne peut qu’aller dans le sens de l’intérêt des patients. Nos congrès doivent permettre ses échanges conviviaux qui sont à l’origine de liens d’abord professionnels puis d’amitiés. Le congrès de Bordeaux en est la parfaite illustration.

Ainsi formations et informations scientifique, relations internationales et relations avec les industriels sont les trois axes développés lors du congrès de la SFNC à Bordeaux. Ils préfigurent l’évolution future de nos réunions nationales.