Perception de la spécialité par les jeunes Neurochirurgiens La Lettre du Neurochirurgien juillet 2014

Au début de l’année 2014, il nous a été demandé de rédiger une « Lettre du Neurochirurgien » traitant de la perception de la spécialité par les Jeunes Neurochirurgiens (Internes et Assistants / Chefs de clinique).

Nous avons ainsi adressé une enquête informatisée (Google Apps ©) à 219 adresses mail (obtenues par le biais des journées nationales d’enseignement). Nous avons recueilli 78 réponses entre Janvier et Mars 2014.

Voici la synthèse des résultats de ce sondage :

A. Perspectives de carrières :

- Post-internat : Même si plus de la moitié des jeunes seniors (56%) rapporte avoir eu des difficultés à obtenir une formation post-internat, ceux-ci semblent globalement satisfaits de leur poste présent ou futur (78,1% de satisfaction).

- Carrière : Environ 45% des sujets sondés envisagent une carrière de Praticien Hospitalier, 30% une carrière universitaire, et 20% une carrière libérale. Cette répartition correspond schématiquement à la situation actuelle concernant la neurochirurgie française. On peut néanmoins noter que 30% des assistants envisagent une carrière libérale contre seulement 10% des internes.

- 33% des sujets avouent que leur plan de carrière ne correspond pas à leurs aspirations initiales, essentiellement en raison de défaut de postes (73% des cas).

- Globalement, les jeunes neurochirurgiens se disent plutôt inquiets vis à vis des postes futurs puisqu’ils évaluent leur inquiétude en moyenne à 3,28/5.

B. Quantité de travail :

Le temps de travail hebdomadaire déclaré (76,8h par semaine en moyenne) est globalement jugé excessif ou très excessif (74% des réponses).

Une grande partie du temps de travail est attribuable à la permanence des soins. La majorité est organisée en astreintes pour les seniors et en gardes pour les internes. Les sujets effectuent en moyenne 6,5 gardes - astreintes par mois, et une grande majorité (70%) trouve ce nombre normal. Par ailleurs une large proportion (83%) se dit satisfait de l’organisation de la permanence des soins.

Toutefois, on constate que le repos de sécurité est incomplet ou inexistant dans 91% des cas.

On relève un certain mécontentement concernant la valorisation financière de leur profession (et de leur temps de travail) : 81% des sujets disent trouver leur salaire insuffisant ou très insuffisant.

C. Ambiance de travail et qualité de vie :

L’ambiance de travail semble globalement bonne puisqu’elle est évaluée en moyenne à 3,7/5. Il en va de même pour la qualité de vie qui est évaluée en moyenne à 3,2/5.

Ces chiffres contrastent avec les constats précédents sur le temps de travail et le salaire, et semblent donc témoigner d’un volontarisme et d’un intérêt certain des jeunes neurochirurgiens pour leur travail.


D. Encadrement et travail universitaire :

Le dernier volet de notre étude s’attachait à l’encadrement et l’apprentissage des jeunes neurochirurgiens :

De manière assez homogène, les jeunes neurochirurgiens semblent relativement insatisfaits de leur encadrement théorique, évalué à 2,43/5.

Ils jugent également insuffisant voire très insuffisant le temps de travail universitaire (85% de l’échantillon global). Ce temps est évalué à 1,58 demi-journée par mois (base théorique : 8 par mois pour les internes et 20 pour les chefs de cliniques).

Ils semblent en revanche tout à fait satisfaits de leur encadrement pratique, évalué à 3,63/5.

Conclusion :

Ce travail original, dont les résultats seront détaillés dans une publication ultérieure, apporte plusieurs éléments concernant la perception de la spécialité par les jeunes Neurochirurgiens.

Ceux-ci semblent tout à fait motivés par leur travail : ils sont nombreux à briguer des carrières universitaires, travaillent beaucoup, et semblent trouver une satisfaction significative dans leur formation pratique et dans leur travail.

Toutefois, l’enquête révèle quelques points d’insatisfaction : une certaine inquiétude vis à vis des postes futurs (point que soulignaient déjà Moreau & Col. Dans « L’observatoire des professions de santé », 2005), un temps de travail excessif, un salaire inapproprié et, enfin, un encadrement théorique et un temps universitaire insuffisants.

Comme tout sondage, ce travail comporte quelques limites :
- Biais de sélection du fait du caractère non exhaustif et redondant de la diffusion : avec néanmoins 78 réponses dont 46 internes et 32 jeunes neurochirurgiens seniors ;
- Limite des champs étudiés : plusieurs points n’ont pas été abordés et nous sembles a posteriori faire significativement défaut dans l’analyse : intérêt intellectuel/scientifique de la spécialité, sentiment d’autonomie chirurgicale, remise en question du choix de spécialité.

Cette enquête pourrait inspirer certaines orientations futures de l’enseignement (d’ores et déjà en route avec la réforme nationale projetée par le Collège de Neurochirurgie) et de l’organisation globale de la spécialité ; il serait judicieux de la réitérer dans les années à venir.

Benjamin Pommier

Romain Manet